Latin, « nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir « .

Autrefois, les miroirs faits de métal poli rendaient une image imparfaite. Première lettre de Paul aux Corinthiens 13:12. Ce verset est à l’origine d’un nombre considérable de commentaires ; ils concernent tant sa portée que son sens propre : quelles conséquences cette vision trouble a-t-elle sur notre capacité à comprendre et voir le monde ? Comment construire un fait si nous ne percevons pas à fond les phénomènes ? Peut-être la première étape est-elle de se questionner sur les mots de ce verset : que veut dire « regarder per speculum » et « in aegnigmate ». Voit-on à travers un miroir ou en un miroir ? Grâce à un miroir ? Est-ce la même action de voir une chose sans intermédiaire, ou par l’action médiatisée d’une réflexion grâce à une plaque en verre ou métal ?


Latin : « mot pour mot ».

L’appel à l’authenticité (définie ici comme la conformité d’une parole avec la réalité des faits ou avec sa contrepartie effective qu’elle prétend rapporter) est une précaution classique des récits faisant acte de témoignage (« je m’apprête à laisser sur ce vélin témoignage des événements admirables et terribles auxquels dans ma jeunesse il me fut donné d’assister »), précaution d’autant plus nécessaire que les faits racontés sortent de l’ordinaire. Il est important pour le narrateur intradiégétique qu’est Adso que le lecteur le croie, du moins au début. Cette conformité au réel est d’ailleurs rapidement abandonnée, de l’aveu même du narrateur : si elle assure une cohésion de surface du récit, essentielle lorsqu’on prend en compte l’embrouillamini qu’est l’aventure du manuscrit originel, elle ne peut être soutenue longtemps, quand on considère la distance temporelle qui sépare l’acte d’écriture du narrateur et l’expérience rapportée. Finalement, et c’est une conclusion à laquelle on arrive souvent dans le Nom, le réel de l’œuvre écrite vaut au moins le réel de la vie hors littérature.


Expression latine, « capitale du monde », littéralement « tête du monde », désignant Rome. Jeu de mots avec le verbe « coiffer ».

L’expression apparaît dans plusieurs recueils de poèmes du XIe - XIIIe siècles, et en particulier dans le Carmina Burana et les Carmina Cantabrigiensia. Carmina Burana est une représentation satirique de Rome en tant que Caput mundi et contient de nombreux jeux de mots sur les deux termes, signe de la popularité de la formule.


Notion cardinale dans l’élaboration de la règle franciscaine : expression latine pour « usage de fait », qui s’inscrit dans une théorie générale du droit à la propriété.

Sur le plan doctrinal, le document le plus important restait la bulle Exiit qui seminat, qui allait constituer jusqu’à Jean XXII la référence obligée et qui fut le point d’ancrage de la résistance à ce pape ; Nicolas III y affirmait que le Christ avait pratiqué la renonciation à toute propriété tant personnelle que commune, mais ajoutait aussitôt qu’il avait possédé une bourse (habuit loculos), et cela seulement pour se mettre au niveau des plus faibles (infirmorum imperfectionibus condescendens) et éviter ainsi de les condamner : propos ambigus et qui devaient peser lourd. Le pape distinguait en outre entre l’usage de droit (usus iuris) et l’usage de fait (simplex usus facti), autorisant ce dernier pourvu qu’il restât modéré, permettant aussi les dons en argent gérés par les amis des frères pour les constructions et les achats de livres. De même que saint François refusait que l’on «glosât» la Règle, de même Nicolas III prévoyait des sanctions contre ceux qui prétendraient «gloser» la bulle.

Source : voir entrée suivante.


Les quelques premiers mots d’une constitution papale forment généralement son titre. Cette bulle débute par « cum inter nonnullos scholasticos viros », « puisque certains parmi les hommes instruits ».

Titre de la constitution de Jean XXII portant sur la pauvreté de Christ et de ses apôtres (12 novembre 1323). Cette constitution est centrale dans le roman. Elle répute hérétiques les thèses affirmant que Christ et ses apôtres n’ont jamais rien possédé, en propre ou en commun. Elle est intimement liée à l’histoire de l’Ordre des Frères mineurs (les Franciscains), puisque ses membres prennent pour modèle le mode de vie de Christ, et adoptent une simplicité et une pauvreté de vie évangélique. Cette constitution est remarquable à plusieurs égards : tout d’abord, elle définit un dogme portant non sur une vérité abstraite (la double nature de Christ, Marie, mère de Dieu, etc.) mais sur un fait empirique rattaché au mode de vie d’une personne alors traitée comme personnage historique. Par nature, le sujet est délicat. Elle a un effet direct sur le type de possessions des frères franciscains.
Un article :
Duval-Arnould Louis. Élaboration d’un document pontifical : les travaux préparatoires à la constitution apostolique Cum inter nonnullos (12 novembre 1323). In: Aux origines de l’État moderne. Le fonctionnement administratif de la papauté d’Avignon. Actes de la table ronde d’Avignon (23-24 janvier 1988) Rome : École Française de Rome, 1990. pp. 385-409. (Publications de l’École française de Rome, 138) version électronique


Anciens noms topographiques désignant respectivement l’île d’Irlande et un royaume allant du nord de l’Angleterre au sud de l’Écosse.

L’origine de ces noms est spéculative. L’instance narrative les emploie clairement à des fins archaïsantes, car si le nom « Hibernie » est encore d’usage, notamment par les locuteurs vernaculaires, le nom « Northumbrie » est désuet, le royaume ayant été annexé par le Sussex à la toute fin du 1er millénaire.


Grec ancien : « à destination des enfants, des jeunes, des femmes. »

  • « paidikoί » (παιδικοί en grec) vient du mot παιδική, qui se traduit par « garçons prépubères ».
  • « ephebikoί » (εφηβικοί) vient du mot εφηβικός, qui signifie « éphèbes » ou « garçons pubères ».
  • « gynaikeioί » (γυναικειοί) vient du mot γυναικείος, qui signifie « femme ».

« T’as des poils ? » Dans la civilisation grecque, le jeune garçon est παῖς du gynécée jusqu’au service militaire, soit durant une période qui court de ses 12 à 18 ans, et qui correspond à l’arrivée des poils et de la barbe ; le garçon devient alors ὁ ἔφηβος, revêt la chlamyde et porte les armes jusqu’à ce qu’il se marie, moment à partir duquel il deviendra un homme, ὁ ἀνήρ (génitif τοῦ ἀνδρός). Quoi qu’il en soit, il est malaisé de parler d’adolescent pour la période antique comme pour la période médiévale, cet âge de la vie n’étant qu’une conception assez moderne (et somme toute réductrice) de l’enfance, permettant d’imposer des devoirs aux enfants sans leur donner les droits des adultes.

Voici, en passant, une petite épigramme de Straton de Sardes, écrivain grec du 2e siècle et contributeur chevronné de l’Anthologie palatine, livre XII, doucereusement surnommée par Roger Peyrefitte La Muse garçonnière. Dans ce court texte, l’auteur prend à contre-pied la réaction générale qui consiste à abandonner son éromène lorsqu’il devient poilu (amor vincit…) :

ΤΟΥ ΑΥΤΟΥ

En grec ancien En français
Εἰ καί σοι τριχόφοιτος ἐπεσκίρτησεν ἴουλος,
καὶ τρυφεραὶ κροτάφων ξανθοφυεῖς ἕλικες,
οὐδ᾿ οὕτω φεύγω τὸν ἐρώμενον· ἀλλὰ τὸ κάλλος
τούτου, κἂν πώγων, κἂν τρίχες, ἡμέτερον.
Même si le duvet bondit sur tes cheveux familiers
et les boucles délicates poussent blondes sur tes tempes
alors même je ne fuirai pas mon éromène ; mais la beauté
de celui-ci, même à barbe, même à poils, est nôtre.

Mot latin, moechus, d’origine grecque, μοιχός, qui signifie « homme adultère » ou « débauché ». C’est un jeu de mots scolastique.


Latin, « dirigés par un seul homme ». (Roger Bacon)


Latin Français
Ut sine animali moveantur cum impetu inaestimabili, et instrumenta volandi et homo sedens in medio instrumenti revolvens aliquod ingenium per quod alae artificialiter compositae aerem verberent, ad modum avis volantis de telle sorte qu’ils seront mus sans traction animale à une vitesse qui dépasse l’imagination, et des machines pour voler, dans lesquelles un homme, se tenant au milieu de l’engin, tournerait quelque instrument au moyen duquel des ailes artificielles battraient l’air, à la manière d’un oiseau en vol.

Roger Bacon (v. 1214-v. 1292) fut un érudit et scientifique franciscain. Né en Angleterre, Roger Bacon fit ses études à Oxford. Alors qu’il donnait des conférences à Paris portant sur des ouvrages aristotéliciens et pseudo-aristotéliciens, Bacon rencontra Pierre de Maricourt, qui écrivit sur le magnétisme et l’astrolabe, et se familiarisa avec le pseudo-aristotélicien Secretum Secretorum (Secret de Secrères). Ces deux événements semblent avoir contribué à diriger l’attention de Bacon vers les sciences expérimentales et les langues. En 1257, Bacon rejoint les Franciscains, mais ses relations avec l’ordre semblent avoir été médiocres dès le départ. Bien qu’il ait été autorisé à mener des expérimentations sur la nature de la lumière et sur des phénomènes naturels tels que l’arc-en-ciel, il fut en fait emprisonné pendant un certain temps par l’ordre pour avoir « enseigné des nouveautés ».

Bacon a rédigé des encyclopédies scientifiques telles que l’Opus majus (Grand œuvre), l’Opus minus (Petit œuvre) et l’Opus tertium (Troisième œuvre). Estimant que l’on accordait trop d’importance au rôle de la logique dans la validation ou la réfutation des hypothèses spéculatives, Bacon se fiait de plus en plus à la démonstration mathématique et à l’investigation expérimentale. La plupart des meilleurs travaux de Bacon ont été réalisés dans le domaine de l’optique. Bien qu’on lui attribue parfois la mise au point des lunettes, du télescope ou de la poudre à canon, il ne prétend jamais les avoir inventés. Sa réputation de magicien est advenue après sa mort.

Roger Bacon possédait une fertile imagination, mais peut-être ses notions de mécanologie avaient-elles besoin d’être consolidées dans ce cas précis. Construire une machine qui mimerait la nature (ici, la capacité de voler) est un rêve qui a hanté bien des scientifiques. Il serait parfaitement injuste de rire de Bacon, qui est une figure centrale de l’avènement scientifique à la période médiévale.

  • Roger Bacon, Epistola de secretis operibus arlis et naturae, tiré de la Bibliothèque Chemica 70 Jacob Mangeti t. 1 c. 4, 5 et 6, p. 619-620 Genève, 1702.