Où Ubertin raconte à Adso l’histoire de fra Dolcino, Adso évoque d’autres histoires ou bien lit pour son propre compte à la bibliothèque, et puis il vient à rencontrer une jeune fille belle et redoutable comme des bataillons.

Comment à partir de l’amour de pénitence et du désir de purifier le monde, peut naître sang et massacres.

La portée transhistorique de cet extrait est frappante. On peut, avec Jean-Claude Milner dans L’arrogance du présent y lire une critique du gauchisme italien des années 70.

Exemple curieux d’accord de proximité : « peuvent naître sang et massacres »


« Penitentiam agite, appropinquabit enim regnum coelorum », ce qui donne « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche.  » Matthieu 3:2


Référence possible à Jean 12:4-6 :

  1. Judas Iscariote, l’un de ses disciples, celui qui allait le livrer, dit alors :
  2. « Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données à des pauvres ? »
  3. Il parla ainsi, non par souci des pauvres, mais parce que c’était un voleur : comme il tenait la bourse commune, il prenait ce que l’on y mettait.

Ambon, selon Trévoux, est « une tribune qui étoit autrefois dans les Eglises et sur laquelle on montoit pour lire ou chanter certaines parties de l’Office divin et pour prêcher au peuple. » Et le jubé, « portique surmonté d’une galerie séparant la nef du chœur d’une église. »


Ce sont des plaisanteries, des propos moqueurs à l’égard de quelqu’un.


Latin, « assez à ce sujet ! »


En latin En français
Pulchra enim sunt ubera quae paululum supereminent et tument modice, nec fluitantia licenter, sed leniter restricta, repressa sed non depressa… Beaux en effet sont les seins qui se gonflent un peu et enflent modérément, qui ne tombent pas paresseusement, mais qui sont légèrement relevés, tendus et non pas contractés…

L’inspiration d’Eco puise ses sources dans le Sermones in Canticum (Sermons sur le Cantique des cantiques) du moine cistercien Gilbert de Hoyland, sermons qui font suite à ceux de saint Bernard sur le même sujet. Le 31e de ces sermons est consacré au verset IV, 10 du Cantique des Cantiques, dont il est question à la page précédente : « Quam pulchrae sunt mammae tuae, soror mea sponsa ! Pulchriora sunt ubera tua vino » que Lemaistre de Sacy (1701) rend par : « Que vos mamelles sont belles, ma sœur, mon épouse ! Vos mamelles sont plus agréables que le vin ». Si l’on compare avec les traductions actuelles, on constate que la pudeur était bien moindre au 18e siècle naissant qu’à l’époque contemporaine. Par exemple, Segond 21 traduit « Comme ton amour est beau, ma sœur, ma chérie ! Ton amour est bien meilleur que le vin ». La matérialité charnelle du corps a laissé place à un sentiment nettement plus policé. Gilbert de Hoyland vantait quant à lui les mérites de chacun des seins, celui de droite comme celui de gauche, et estimait bien opportun ce nombre de deux…


Titre en latin, Histoire de fra Dulcino, hérésiarque.


En latin En français
In nomine Domini amen. Hec est quedam condemnatio corporalis et sententia condemnationis corporalis lata, data et in hiis scriptis sententialiter pronumptiata et promulgata… Au nom du Seigneur, amen. Il s’agit d’une condamnation du corps et d’une sentence corporelle, prononcée et édictée sous forme de sentence, réalisée et présentée dans ces termes…

En latin En français
Johannem vocatum fratrem Micchaelem Iacobi, de comitatu Sancti Frediani, hominem male condictionis, et pessime conversationis, vite et fame, hereticum et heretica labe pollutum et contra fidem catolicam credentem et affirmantem… Deum pre oculis non habendo sed potius humani generis inimicum, scienter, studiose, appensate, nequiter et animo et intentione, exercendi hereticam pravitatem stetit et conversatus fuit cum Fraticellis, vocatis Fraticellis de la pauvre vie hereticis et scismaticis et eorum pravam sectam et heresim secutus fuit et sequitur contra fidem catolicam… et accessit ad dictam civitatem Florentie et in locis publicis dicte civitatis in dicta inquisitione contentis, credidit, tenuit et pertinaciter affirmavit ore et corde… quod Christus redentor noster non habuit rem aliquam in proprio vel comuni sed habuit a quibuscumque rebus quas sacra scriptura eum habuisse testatur, tantum simplicem tacti usum. Jean, appelé frère Michel, fils de Jacob, du village de San Frediano, homme de mauvaise condition, et de plus mauvaise fréquentation, par la vie qu’il mène et par sa réputation, hérétique et corrompu par la souillure de l’hérésie, ayant des croyances et des propos opposés à la foi catholique… n’ayant pas Dieu devant les yeux, mais plutôt l’ennemi du genre humain (le diable), il a sciemment, ardemment, avec ardeur et indignement persévéré dans sa ferme intention de cultiver la perversité hérétique; il a vécu avec les Fraticelles, appelés « Fraticelles de la pauvre vie », hérétiques et schismatiques ; il a suivi leur secte perverse et la suit toujours contre la foi catholique… et il est parvenu jusqu’à ladite cité de Florence et là, dans les lieux publics, de ladite ville, recensés dans ladite instruction, il a affirmé, soutenu, insisté et réaffirmé avec persévérance par la bouche et avec le cœur… que le Christ notre Rédempteur n’a rien eu ni en propre ni en commun, mais qu’il n’a eu, pour tout ce que l’Écriture sainte atteste qu’il a eu, que le simple usage de fait.

En latin En français
Co[n]stat nobis etiam ex predictis et ex dicta sententia lata per dictum dominum episcopum florentinum, dictum Johannem fore hereticum, nolle se tantis herroribus et heresi corrigere et emendare, et se ad rectam viam fidei dirigere, habentes dictum Johannem pro irreducibili, pertinace et hostinato in dictis suis perversis herroribus, ne ipse Johannes de dictis suis sceleribus et herroribus perversis valeat gloriari, et ut eius pena aliis transeat in exemplum; idcirco, dictum Johannem vocatum fratrem Micchaelem hereticum et scismaticum quod ducatur ad locum iustitie consuetum, et ibidem igne et flammis igneis accensis concremetur et comburatur, ita quod penitus moriatur et anima a corpore separetur. Il est donc évident pour nous, d’après tout ce qui vient d’être dit et d’après l’opinion exprimée verbalement par ledit seigneur, évêque de Florence, que ledit Jean est hérétique, qu’il ne veut pas s’amender ni se corriger de ces si grandes erreurs et de son hérésie, ni se diriger vers le droit chemin de la foi, l’évêque de Florence considérant ledit Jean, à cause de son obstination et de son entêtement, comme l’un de ceux qui ne pourraient pas être ramenés (à la vraie foi), et afin que lui-même ne soit pas en mesure de se glorifier de ses crimes et de ses erreurs perverses, de sorte que son châtiment passe pour exemplaire auprès des autres, nous ordonnons que ledit Jean appelé frère Michel, hérétique et schismatique, soit amené à l’endroit habituel du lieu de justice, et qu’il y soit brûlé et consumé au feu et aux flammes vives, de sorte qu’il meure complètement et que son âme soit séparée du corps.

Latin, « Nous mourrons à travers le Seigneur ! »


Le gonfalonnier de l’Église est le protecteur établi par les papes du Moyen Âge dans les villes d’Italie pendant la lutte du Saint-Siège contre les empereurs.


C’est un perroquet.


Latin, « L’histoire parle de toi. »

Ces mots sont tirés du premier livre des Satires du poète romain Horace. Il reproche aux hommes leur avarice, qui est la cause de tous leurs malheurs. « Tantale est dans un fleuve, a soif et ne peut boire. Tu ris ? Change le nom ; sa fable est ton histoire. »

Eco cite à nouveau ce vers dans son article « En attendant le millénaire », où il parle de l’importance de l’Apocalypse pour les gens du Xe siècle. « L’Apocalypse avec ses cavaliers, pour la populace stupéfaite qui l’entend raconter par les moines et les curés, semble une chronique du temps présent. L’ouverture de chaque sceau devait apparaître à un auditeur médiéval à peu près comme nous apparaît la première page du journal du matin. De te fabula narratur. »


Voir cette entrée.


« Tragante » est une plante.


Latin, « recule ! »


C’est un démon qui prend l’apparence d’une femme pour avoir des relations sexuelles avec un homme.


Latin biblique, « très bon », Genèse 1:31.


Référence au Cantique des Cantiques 7, véritable blason biblique de la femme aimée :

  1. CHŒUR : Reviens, reviens, ô Sulamite ! Reviens, reviens : que nous t’admirions ! – Qu’admirez-vous de la Sulamite tandis qu’elle danse au milieu des deux chœurs ?
  2. Comme ils sont beaux, tes pieds, dans tes sandales, fille de prince ! Les courbes de tes hanches dessinent des colliers, œuvre de mains artistes.
  3. Ton nombril : une coupe ronde où le vin ne tarit pas. Ton ventre : un monceau de blé dans un enclos de lis.
  4. Tes deux seins : deux faons, jumeaux d’une gazelle.
  5. Ton cou : une tour d’ivoire. Tes yeux : les vasques de Heshbone à la porte de Bath-Rabbim, et ton nez, comme la Tour du Liban, sentinelle tournée vers Damas.
  6. Ta tête se dresse comme le Carmel. Sa parure est de pourpre ; un roi s’est pris dans ces tresses.
  7. LUI : Ah ! Que tu es belle ! Que tu es douce, amour, en tes caresses !
  8. Tu es élancée comme le palmier, tes seins en sont les grappes.
  9. J’ai dit : je monterai au palmier, j’en saisirai les fruits. Tes seins, qu’ils soient comme des grappes de raisins, ton haleine, comme une odeur de pomme,
  10. ta bouche, un vin exquis… ELLE : Il s’écoule vers mon bien-aimé, abreuvant des lèvres endormies.
  11. Je suis à mon bien-aimé : vers moi, monte son désir.
  12. Viens, mon bien-aimé… Nous sortirons dans les champs, nous passerons la nuit dans la campagne.
  13. Au matin, nous irons dans les vignes, nous verrons si les pampres fleurissent, si le bourgeon s’est ouvert, si les grenadiers sont en fleurs. Là, je t’offrirai mes amours…

Latin, « aussi terrible qu’une armée en ordre de bataille », rappel du sous-titre.

Cantique des Cantiques 6:4, « Tu es belle, ô mon amie, comme Tirsa, splendide comme Jérusalem, terrible comme des bataillons ! »


En latin En français
O sidus clarum puellarum… o porta clausa, fons hortorum, cella custos unguentorum, cella pigmentaria ! Ô étoile brillante parmi les jeunes filles… Ô porte impénétrable, fontaine du jardin, chambre renfermant des essences précieuses, chambre parfumée !

Adso cite d’abord le recueil de poèmes anonymes de Ripoll (o sidus clarum puellarum). Le reste est tiré de la séquence d’Adam de Saint-Victor, « Salve Mater Salvatoris », en référence à la Mère de Dieu. On remarque le motif du paraclausithyron melos, c’est-à-dire un dialogue entre le poète et la porte de la maison où habite une belle.


« Oh, langueo… causa languoris video nec caveo ! » En français, « Oh, je suis faible… je vois la cause de ma faiblesse et je n’y prends pas garde ! »

Ceci constitue le refrain d’un poème parfois appelé le Poème du British Museum. Le poète y décrit le conflit qui le faisait osciller entre l’amour d’un côté et la raison de l’autre. On le retrouve également dans Carmina Burana, 159.4.


Latin biblique, « et toutes choses étaient bonnes ». Genèse 1:31


En latin En français
Omnis ergo figura tanto evidentius veritatem demonstrat quanto apertius per dissimilem similitudinem figuram se esse et non veritatem probat. Par conséquent, toute figure montre la vérité de manière d’autant plus évidente que, par sa dissemblable ressemblance, elle montre qu’elle est elle-même une représentation et non la vérité.

Voir cette entrée.


Latin, « tout animal est triste après le coït. » Cette dysphorie post-coïtale, comme disent les Anglais, fut relevée par le médecin grec Claude Galien. Toutefois, la citation est peut-être forgée, car on n’en trouve pas l’origine précise. Certains farfelus exceptent de cette tristesse des draps tantôt les hommes, tantôt les femmes, tantôt les coqs, car ils chantent…